La France se prépare à une course qui peut paraître discrète, mais stratégique. Quelques paquets de farine, quelques colis de pâtes — et surtout un fort développement des protéines végétales : voilà le plan pour reprendre la main sur notre souveraineté alimentaire d’ici 2035. Vous sentez l’urgence ? Elle est réelle.
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Pourquoi l’enjeu est si important
La question n’est plus seulement agricole. Elle touche l’économie, la géopolitique et l’alimentation quotidienne. Vous consommez des produits transformés, de la viande, des œufs. Pour produire ces aliments, l’élevage a besoin de protéines végétales. Aujourd’hui, une grande partie de ces protéines vient de l’étranger.
La fragilité apparaît là où on l’attend le moins. Importer des tourteaux et du soja, c’est importer aussi de la dépendance. La France veut réduire cette dépendance. Et vite.
Les atouts de la filière grandes cultures
Sur le plan brut, la France n’est pas faible. Elle est le premier producteur européen de blé, maïs, colza, tournesol, lin oléagineux et sucre. Chaque année, la production tourne autour de chiffres impressionnants : par exemple environ 35 millions de tonnes de blé tendre, 13 millions de maïs, 12 millions d’orge, et plus de 30 millions de tonnes de betterave.
La transformation pèse aussi : environ 70 millions de tonnes transformées, dont près de 20 millions pour l’alimentation animale. La filière reste donc une force économique et un atout pour la balance commerciale.
Les faiblesses : les produits transformés et les protéines végétales
Pourtant, tout n’est pas parfait. Les produits transformés issus des céréales montrent des signes de faiblesse. En 2025, le solde des produits céréaliers transformés diminue fortement. Les biscuits, pâtisseries et pâtes affichent même un déficit notable.
Plus critique encore : la production de protéines végétales en France reste insuffisante. Les besoins pour l’élevage dépassent la production nationale. Beaucoup de tourteaux et de graines de soja viennent du Brésil ou d’Argentine. C’est un choix historique et géopolitique qui n’a pas été compensé par des gains agronomiques suffisants.
Les objectifs à dix ans : clair et ambitieux
La feuille de route vise trois directions claires. D’abord, redevenir exportateur net de farine et réduire les importations de farines en sachet. Ensuite, relocaliser une partie de la fabrication de pâtes en France, fabriquées avec du blé dur français. Enfin, développer massivement les cultures riches en protéines pour l’alimentation animale et humaine.
Concrètement, la filière bovine veut engager l’engraissement de 50 000 broutards et 20 000 veaux supplémentaires par an. La volaille de chair vise une croissance d’environ 4,8 % par an pour réduire les importations. L’ambition commerciale : regagner 1 % de part de marché par an.
Les trois projets prioritaires
1) Augmenter la production de farine en sachet
Il s’agit de faciliter les investissements dans les meuneries. Moderniser les usines, simplifier les démarches et améliorer la logistique entre producteurs et moulins. L’objectif est de remplacer une part des farines importées par une offre française visible et compétitive.
2) Créer une filière pâtes 100 % française
L’idée est simple : produire des pâtes en France, avec du blé dur français. Cela passe par le soutien à la sélection variétale, des aides pour moderniser les usines et un appui de la grande distribution pour mettre en avant ces produits d’origine nationale.
3) Développer massivement les cultures protéiques
C’est le cœur stratégique. Augmenter la production et la transformation en France des cultures riches en protéines. Contractualiser avec les filières, orienter la recherche vers l’amélioration des rendements et valoriser l’origine France.
Quelles difficultés restent à surmonter ?
Plusieurs freins subsistent. La compétitivité intra-européenne diminue à cause de coûts salariaux et énergétiques plus élevés et d’une réglementation jugée lourde. L’innovation rencontre des obstacles administratifs. Le changement climatique ajoute une incertitude sur les rendements.
Pour réussir, il faudra aussi que les acteurs économiques acceptent d’investir. Des politiques publiques adaptées sont indispensables. Vous verrez que la mise en œuvre demandera du temps et des choix courageux.
Que pouvez-vous attendre d’ici 2035 ?
Si le plan fonctionne, vous trouverez plus de produits de première transformation d’origine française en rayon. Des pâtes « fabriquées en France avec du blé français » deviendront plus courantes. Et surtout, la production nationale de protéines végétales augmentera, réduisant la dépendance aux importations.
La souveraineté alimentaire ne se gagne pas en un jour. Mais en misant sur la farine, les pâtes et surtout les protéines végétales, la France se donne une chance réelle de sécuriser son alimentation et son industrie pour la prochaine décennie.


